Zerbois, chien du poète Lamartine

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L’histoire de Zerbois serait presque sans intérêt lorsque racontée par moi, mais sous la plume de son maître, le grand Alphonse de Lamartine ( 1790-1869 ), sa triste histoire devient un chef-d’oeuvre littéraire. Je vous laisse donc savourer ces extraits des « Mémoires inédites de Lamartine » :

« Je continuais à vivre seul dans ma maisonnette vide avec les animaux muets, mes compagnons. Ah que j’aurais été heureux si la providence m’eût accordé un chien ! Il m’en vint un d’un château voisin de Narnier qui s’attacha à moi. (…) Partout où il y a un malheureux, Dieu envoie un chien. Je l’ai éprouvé vingt fois depuis. L’homme ne le voit pas toujours. (…) Dès que ce chien m’eût adopté, ma solitude cessa. Il ne me quitta plus. Nous nous aimions ; nous nous promenions, nous dormions ensemble.

J’avais un ami, et une amie chez le batelier ; l’amie, c’était sa fille. Un jour, comme je devais aller à Chambéry par Genève, le batelier et sa fille vinrent me dire adieu. Le père devait rétablir le foin dans ma chambrée pendant que sa fille, pour abréger mon chemin par terre, me conduisait jusqu’au cap de Bellegarde où je la laisserais. Je m’embarquai donc vers sept heures du matin et nous lançâmes l’esquif en pleine eau. Mais à peine avions-nous fait trois cent toises qu’en jetant un regard vers ma maison isolée, je crus apercevoir quelque chose de noirâtre qui nageait avec effort dans notre sillage. Je reconnus mon chien Zerbois, ce fidèle ami qui, après notre départ du rivage, croyant que nous allions revenir, avait vu que nous doublions le cap à gauche et n’avait pu résister au besoin de suivre son maître. Il avait mal calculé ses forces ; sa respiration bruyante nous arrivait de lame en lame par sanglots.

Nous suspendîmes à l’instant nos rames et, retournant la proue vers Narnier, nous nous efforçâmes de nous rapprocher de lui ; mais il était trop tard, et quand nous lui tendîmes le manche de la rame, il ne put le prendre et se noya, épuisé d’efforts. Nous ne jetâmes au fond de la barque qu’un corps inanimé dont les yeux nous regardaient encore. La fille du batelier pleurait à sanglots ce fidèle ami mort de tendresse. Elle ne pouvait voir mes yeux ».

« Ce fidèle ami mort de tendresse ». Quelle belle phrase pour exprimer ce trait de caractère si répandu chez la race canine.

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About Author

Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

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