Napoléon et Joséphine : l’Italie.

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Napoléon adorait sa nouvelle épouse Joséphine, mais la gloire et le pouvoir l’appelaient en Italie. Bref rappel historique : la Révolution avait braqué contre la France les puissances monarchiques des pays voisins, principalement l’Autriche, la Prusse, la Russie et la Grande-Bretagne. En 1796, l’Autriche contrôlait le nord de l’Italie. L’armée française dite d’Italie, mal ravitaillée et grugée par l’indiscipline, devait servir de diversion en attirant une partie de l’armée autrichienne pendant que la principale armée française attaquait les autrichiens sur le Danube.

Mais c’était bien mal connaître Napoléon ! Il mata rapidement les indisciplinés et galvanisa les soldats affamés en leur livrant une formidable harangue devenue célèbre bien que suspecte historiquement :

« Soldats, vous êtes des héros en loques. Debout tous, c’est le vent d’une époque qui vous pousse. Vous êtes nus et mal nourris, le gouvernement ne peut vous aider…Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde où vous trouverez honneur, gloire et richesse. »

Les mois suivants ne furent qu’une succession de victoires et d’exploits militaires qui étonnent encore le monde plus de deux- cents ans plus tard. Pendant cette glorieuse campagne qui le mena jusqu’à Milan et même jusqu’à quelques kilomètres de Vienne pour forcer les autrichiens à signer la paix, le génial général ne délaissait l’épée et les canons que pour se précipiter sur sa plume afin d’écrire de longues missives enflammées à sa Joséphine bien aimée.

Je vous laisse juger de sa passion par cette lettre datée du 29 messidor :

« Je reçois ta lettre mon adorable amie, elle a rempli mon coeur de joie. Depuis que je t’ai quittée, j’ai toujours été triste. Mon bonheur est d’être près de toi. Sans cesse, je repasse dans ma mémoire tes baisers, tes larmes, ton aimable jalousie ; et les charmes de l’incomparable Joséphine allument sans cesse une flamme vive et brûlante dans mon coeur et dans mes sens. »

Certains de ses seconds avaient l’impression que la réelle motivation de leur chef n’était ni sa gloire personnelle ni son amour pour la France mais sa passion pour Joséphine. Dans les villes d’Italie conquises, ses soldats lui amenaient souvent de fort jolies prisonnières ; il les recevait avec dignité avant de les faire reconduire vers la liberté et leur famille.

« Je suis tout à Joséphine, expliquait-il, je n’ai de plaisir et de bonheur que dans sa société ».

Marmont, un de ses principaux généraux, dira plus tard :

« Il pensait sans cesse à sa femme, il la désirait, l’attendait avec impatience. Jamais amour plus vrai, plus pur, plus exclusif n’a possédé le coeur d’un homme ».

Pendant que ces glorieuses pages s’écrivaient, que faisait Joséphine ? Auréolée de la nouvelle gloire de son mari, elle se lança dans des opérations financières plutôt douteuses avec les fournisseurs de l’armée. Mais surtout, elle s’amusait follement ! Avec ses amies, plus Merveilleuses que jamais, elle courrait tous les bals du Directoire, s’affichant sans retenue avec ses amants de passage. Un de ceux-ci, le jeune capitaine Hippolyte Charles, passa plus lentement et plus longuement que les autres…

Ces nombreuses occupations faisaient en sorte que la belle créole négligeait souvent de répondre aux lettres de son mari, qui commença à désespérer.

« Comment peux-tu oublier celui qui t’aime avec tant de chaleur ? Trois jours sans lettre de toi ; je t’ai cependant écrit plusieurs fois. L’absence est horrible, les nuits sont longues, ennuyeuses et fades, les journées sont monotones…Je n’ai même pas un billet de toi que je puisse presser sur mon coeur ».

Aussitôt qu’il jugea le pays assez sécuritaire, l’infortuné amoureux écrivit lettre sur lettre pour supplier Joséphine de le rejoindre à Milan, dans le splendide palais Serbelloni où il venait de s’installer. Mais l’inconstante épouse trouvait prétextes par dessus subterfuges pour retarder son départ.

« Je suis au désespoir, écrivit-il au général Carnot, ma femme ne vient pas, elle a quelque amant qui la retient à Paris ».

À l’été 1796, il confia à son meilleur ami d’alors, le futur général Junot, la glorieuse mission d’apporter au Directoire vingt- et- un drapeaux saisis à l’ennemi. Ravi de cet honneur, Junot fit cependant la grimace lorsque son général en chef lui fit part d’une autre mission autrement plus difficile et immensément moins glorieuse : amener Joséphine en Italie coûte que coûte !

Junot dut sûrement maudire ces vingt- et- un bouts de tissu déchirés. Mais un soldat obéit aux ordres ; les drapeaux furent apportés au Directoire et Joséphine amenée en Italie  « en sanglotant comme si elle allait au supplice », selon les dires de son « gardien ».

Napoléon l’attendait avec impatience. Mais les dieux de l’amour s’entêtaient à lui refuser le bonheur que les dieux de la guerre lui accordaient à profusion.  À la guerre comme en amour, tout peut changer très rapidement. Alors qu’il croyait la situation militaire sous contrôle, Napoléon ne put passer que quelques heures avec Joséphine avant de devoir retourner de toute urgence sur les champs de bataille.

Après avoir rétabli la supériorité militaire française, il fonça vers Milan, vers Joséphine, brûlant les étapes, crevant les chevaux. Il arriva enfin au palais Serbelloni…vide ! Mais où était donc Joséphine ? À Gènes, courant à nouveau les bals, à nouveau avec Hippolyte Charles…

Le palais Serbelloni de nos jours

 

Napoléon lui écrivit alors ses lignes magnifiques :

« J’arrive à Milan, je me précipite dans ton appartement, j’ai tout quitté pour te voir, te presser dans mes bras ; tu n’y étais pas, tu cours les villes avec des fêtes. Tu ne te  soucies plus de ton Napoléon, un caprice te l’a fait aimer, l’inconstance te le rend indifférent…Pour moi, t’aimer seule, te rendre heureuse, ne rien faire qui puisse te contrarier, voilà le destin et le but de ma vie… Quand je te sacrifie tous mes désirs, toutes mes pensées, tous les instants de ma vie, j’obéis à l’ascendant que tes charmes, ton caractère, toute ta personne ont su prendre sur mon malheureux coeur »

Quelle terrible et pathétique contraste entre le général triomphant et l’amoureux terrassé ! Peu de temps après, Joséphine retourna en France. Napoléon continua à accumuler les victoires militaires obligeant l’Autriche à signer un traité de paix avantageux pour la France. À son retour à Paris, il fut accueilli comme l’ héros immortel qu’il allait devenir. Un héros à qui il manquait la seule chose qui comptait vraiment pour lui : l’amour de sa femme.

Crédit images : Napoléon au pont d’Arcole, détail d’un tableau de Gros ; www.italie1.com

Bien qu’étant du domaine public, je tiens à souligner l’apport du très beau livre Joséphine impératrice infidèle de Jude Kahn et Hector Fleischman pour l’écriture de ce texte.

Suite bientôt : Napoléon et Joséphine : le pouvoir.

 

 

 

 

 

 

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Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

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