Napoléon et Joséphine : le mariage

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Suite de l’article du 29 novembre : Le roman de Joséphine et Napoléon

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Napoléon et Joséphine à l’époque de leur mariage

Fin de l’été 1795, Marie Josèphe Rose Tascher de la Pagerie, veuve de Beauharnais, fraîchement rescapée de la guillotine, mordait à pleines dents dans cette vie si précieuse qu’elle était venue bien près de quitter. Reconnaissante, elle se mit à fréquenter de très près les dirigeants de la Convention et du Directoire, le nouveau gouvernement qui venait de renverser l’intraitable Robespierre.

En compagnie d’autres belles comme Thérésa Tallien  et Juliette Récamier, la future Joséphine lança la mode des Merveilleuses, qui consistait à s’habiller comme à l’époque antique. Portant de légères tuniques transparentes valorisant leurs charmes, ces belles Merveilleuses tenaient salon pour y recevoir fort galamment les nouveaux dirigeants de la France post-révolutionnaire.

En fait, les membres du Directoire posaient toujours en révolutionnaires républicains  mais se comportaient en capitalistes de la pire espèce. Pour la plupart incompétents, corrompus et jouisseurs impénitents, ils se remplissaient les poches au même rythme qu’ils vidaient les coffres de l’état. Ils avaient entre autres élaboré d’ignobles fraudes aux dépens de l’armée, privant ainsi les braves soldats français de fournitures aussi essentielles que les vêtements et les munitions.

Pauvre France ! Ruinée de l’intérieur, assiégée de l’extérieur, elle ne pouvait que rêver d’un sauveur capable de canaliser les acquits de la Révolution sans toutefois retourner aux abus de l’ancien régime royaliste. Malgré ses défauts, Paul Barras, âme dirigeante du Directoire, sut deviner qui pouvait être cet homme providentiel : Napoleone di Buonaparte, ce petit corse qui l’avait tant impressionné lors du siège de Toulon et qui traînait maintenant en ville, chaussé de bottes trop grandes qui lui avaient mérité le surnom peu militaire de Chat botté.

Octobre 1795, les royalistes préparaient une émeute visant à renverser le nouveau gouvernement qui peinait à s’imposer, Barras chargea Buonaparte de refouler les 25 000 émeutiers qui se préparaient à foncer sur le siège de la Convention. « Je vous préviens que je ne remettrai mon épée au fourreau qu’une fois l’ordre rétabli », aurait déclaré le jeune militaire Corse. Visiblement que Barras était parfaitement d’accord avec cette façon de voir les choses…

En guise d’épée, Buonaparte fit installer une quarantaine de canons aux extrémités de toutes les rues menant à la Convention. Le 5 octobre ( 13 vendémiaire selon le calendrier révolutionnaire ), les insurgés furent reçus par une foudroyante mitraille qui laissa environ 300 d’entre eux sur les marches de l’église Saint-Rock.

Cette victoire éclatante, quoique peu glorieuse selon nos normes du 21e siècle, lui valut le surnom de « général vendémiaire » et la reconnaissance de Barras, qui tint à le remercier en lui présentant sa maîtresse du moment qu’il trouvait un peu trop entreprenante. De plus, la belle avait développé un sérieux problème de mauvaise haleine et de dents gâtés suite à un usage intensif de la canne à sucre lors de sa jeunesse. Eh oui, la belle maîtresse était bien la future Joséphine.

Telles étaient donc les « forces en présence » sur le front amoureux en ce mois d’octobre 1795. D’un côté, une très jolie veuve dont le sourire aimable et énigmatique camouflait à merveille ses mauvaises dents. Aguerrie aux jeux de l’amour et aux intrigues de salon, elle avait désespérément besoin d’ un protecteur pour elle et ses enfants. Après une première expérience matrimoniale pas très heureuse, elle ne cherchait pas nécessairement  le mariage ni même l’amour ; comme les autres Merveilleuses, elle considérait qu’il ne fallait pas mélanger le mariage et l’amour !

En face d’elle, un jeune général rustre, désargenté, entièrement dépourvu de contacts et de vernis social, mais dont le génie et les premiers exploits laissent entrevoir un brillant avenir.

Il est clairement établi que leur première rencontre eut lieu à la mi-octobre 1795, soit chez Barras, soit chez Mme Tallien, Merveilleuse en chef et grande amie de la future Joséphine. Napoléon tomba immédiatement sous le charme des manières élégantes de la belle créole. Malgré une première impression très peu enthousiaste, elle vit quand même en lui le potentiel protecteur qu’elle recherchait.

Après quelques rencontres en société, elle invita le jeune général chez elle. Il en ressortit le lendemain matin, ivre de bonheur…Pour cet homme n’ayant goûté qu’aux plaisirs furtifs des très joyeuses filles du Palais Royal, l’art d’aimer tout en douceurs et en raffinements de Joséphine fut une merveilleuse découverte, comme le démontre cet extrait d’une lettre qu’il lui adressa dès le lendemain de cette nuit mémorable :

« Je me réveille plein de toi. Ton portrait et l’enivrante soirée d’hier n’ont point laissé de repos à mes sens. Douce et incomparable Joséphine, quel effet bizarre faites-vous sur mon coeur… »

Deux choses intéressantes ressortent de ce court extrait, outre bien sûr la passion qui dévore le jeune homme : premièrement, il l’appelle « Joséphine ». Finies les Marie, Rose, Josèphe, Mme de Beauharnais, vive Joséphine, prénom qu’il lui donna alors, réalisant très bien que beaucoup d’amants avaient susurré les prénoms officiels de la jolie créole, il inventa ce prénom, bien à lui, à partir de « Josèphe ».

Deuxièmement, ses aller-retour du « toi » au « vous » démontrent très bien le manque d’aisance du jeune  Napoléon avec les conventions sociales. Ces hésitations marqueront longtemps leur correspondance, juste qu’au jour où, excédé par la froideur épistolaire de Joséphine, il lui écrivit un retentissant  : « Vous, toi-même !»

Le mariage entre la nouvelle Joséphine et Napoléon Bonaparte – son nom étant dorénavant francisé – eut lieu le 9 mars 1796. Elle avait 33 ans ; lui, 26 ans. Une différence d’âge qui aurait pu faire jaser. Pas de problème : galant, il se vieillit de deux ans ; coquette, elle se rajeunit de quatre ans sur les documents officiels délivrés par un ami de Joséphine, le notaire Raguideau. Le brave homme de loi mit tout en oeuvre pour dissuader sa belle cliente de marier « ce soldat sans fortune n’ayant que sa cape et son épée ».

Selon la formidable anecdote racontée par l’historien Jules Trousset dans son Histoire d’ un siècle 1789-1889 , près de dix ans plus tard, le jour même de son sacre, le tout nouvel empereur Napoléon fit venir le pauvre notaire au palais des Tuileries et lui désigna son manteau impérial et son épée d’apparat en déclarant : « Monsieur Raguideau, voici la cape et voici l’épée ». Le pauvre Raguideau frôla la syncope, mais Napoléon eut la délicatesse de le rassurer en ajoutant avec son plus beau sourire : « Je reconnais que dans la conjoncture de l’époque, vous vous êtes conduit en homme de bon conseil ».

Le 21 septembre 2014, le Figaro et tous les journaux français annoncèrent la vente du modeste contrat de mariage rédigé par le tout aussi modeste notaire Raguideau pour la fantastique somme de 437.500 euros !

Le mariage civil fut prononcé à la va-vite, à plus de 22h, par un officier public à moitié endormi dans un obscur local de la mairie du deuxième arrondissement. La lune de miel, tant attendue par Napoléon, mais un peu redoutée par Joséphine, fut aussi très brève : deux jours et deux nuits. Et encore ! Napoléon dut même accepter la présence dans le lit conjugal de Fortuné, le petit chien de Joséphine. Le vindicatif carlin osa même mordre le mollet du futur empereur…

Après ces quelques heures de félicité, Napoléon se précipita pour prendre la direction de l’armée dite de l’Italie, laissant derrière lui les douceurs du mariage pour mieux embrasser la gloire des victoires militaires. « Ma vie fut un roman », a écrit Napoléon. Avec Joséphine, il vécut de plus un formidable roman d’amour : Le roman de Joséphine et Napoléon.

 

Suite bientôt : Napoléon et Joséphine : l’Italie

 

 

 

 

 

 

 

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Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

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