Moustache, chien soldat de Napoléon

0

Une émouvante cérémonie se déroula au cimetière d’Asnières- sur- Seine le 11 mars 2006. Une stèle fut alors érigée en l’honneur d’un héros des guerres napoléoniennes tué d’un boulet de canon en Espagne, exactement 195 ans auparavant, soit le 11 mars 1811. De nombreux dignitaires assistèrent à la cérémonie, dont le député-maire de la ville d’Asnières. Vous avez bien sûr compris que le cimetière d’Asnières- sur-Seine est un cimetière pour chiens. Le héros de cette journée s’appelait Moustache, un chien « soldat » ayant participé à la quasi totalité des batailles menées par Napoléon pendant douze ans.

 
Son histoire débuta en 1799 lorsque le jeune barbet, sans doute attiré par la musique militaire, commença à suivre une compagnie de grenadiers défilant dans les rues de Caen. Les soldats de la garnison locale l’adoptèrent immédiatement et le nommèrent Moustache pour des raisons évidentes à quiconque a déjà croisé la route d’un barbet. Il devint rapidement la mascotte de la 40e demi-brigade. Les soldats, disposant de beaucoup de temps entre les batailles, apprirent un tas de trucs à Moustache qui devint rapidement extrêmement bien dressé.

Moustache, célèbre chien soldat

Moustache, célèbre chien soldat

. Il adorait monter la garde pendant la nuit ; aucun bruit inhabituel ne lui échappait. C’est ainsi qu’à la veille de l’importante bataille de Marengo ( juin 1800 ), il dépista un espion autrichien qui avait réussi à pénétrer dans le cantonnement français afin de planifier une attaque surprise. Alertés par ses aboiements, les français réussirent à repousser l’attaque ennemie, non sans peines et au prix, entre autres, d’un coup de baionnette à la cuisse pour Moustache.

En récompense de son excellent travail, il fut cité à l’ordre du jour en plus de recevoir une double ration dans sa gamelle. Le lendemain eut lieu l’affrontement principal et décisif de Marengo. Malgré sa légère blessure, Moustache trottinait fièrement en tête des troupes, en dépit de son boitillement. À cette époque d’honneur et de gloire, le drapeau d’un bataillon ou d’un régiment représentait un puissant symbole pour toute armée. Honte au bataillon qui se faisait ravir le sien.

Bien sûr, l’ennemi faisait tout en son pouvoir pour s’en emparer ; car en plus du symbole, la perte du drapeau amenait un effet démoralisant très puissant chez les troupes. Pas besoin d’insister sur le fait que les pauvres porte-drapeaux n’avaient vraiment pas un job de tout repos. Donc à Marengo, Moustache, s’apercevant qu’un énorme dogue de l’armée autrichienne s’apprêtait à attaquer le porte-drapeau francais, se précipita sur son ennemi canin lorsqu’une balle tua ce dernier raide. Moustache, malgré une oreille transpercée par une balle, demeura aux côtés du porte-drapeau afin de le protéger d’autres attaques éventuelles.

 
Mais Moustache réservait son plus haut fait d’armes pour la plus grande victoire de Napoléon. Austerlitz, 2 décembre 1805, le porte-drapeau de sa demi-brigade, devenue le 40e régiment d’infanterie, se retrouva isolé et aux prises avec de nombreux soldats russes. Le pauvre porte-drapeau ne pouvait qu’opposer une résistance risible en accomplissant de furieux moulinets avec la hampe de son drapeau. « Au drapeau », s’époumonnait le brave soldat, songeant davantage à sauver le drapeau que sa pauvre vie.

Malheureusement, trop éloigné de sa brigade, personne ne put lui venir en aide, sauf Moustache. Ses aboiements furieux figèrent un instant sur place les soldats ennemis, mais le porte-drapeau avait déjà été blessé mortellement et il s’écroula sur le drapeau. Rendu encore plus furieux par la mort de son compagnon d’armes, Moustache s’acharna contre les ennemis qui voulaient s’emparer du drapeau. Il allait être traversé par les coups de baionnette lorsqu’une fusillade éclata, forçant les russes à se retourner contre leurs adversaires humains.

Profitant de cet instant, Moustache s’empara à pleine gueule de la hampe du drapeau, réussit à l’extirper de sous le cadavre de son ami et ramena en triomphe les lambeaux du drapeau vers l’armée française. En récupérant « l’aigle », les soldats français s’aperçurent que Moustache avait eu une patte cassée par une balle ennemie, mais l’honneur de son régiment l’avait emporté sur sa douleur.

Pour ce formidable exploit, Moustache fut décoré par le célèbre général Lannes en personne.Le futur marcéchal de l’Empire lui remit un collier avec une médaille d’argent gravée de l’inscription suivante « Moustache, chien français. Qu’il soit toujours respecté comme un brave. À la bataille d’Austerlitz, il eut la patte cassée en sauvant le drapeau de son régiment ».

 
Moustache devint très célèbre, au point qu’on lui fit l’immense honneur d’une rencontre avec le grand Napoléon lui-même. Sans doute remis de ses mésaventures avec son grand ennemi canin, Fortuné, le chien de Joséphine, l’empereur prit un immense plaisir à cette rencontre. Surtout qu’à cette occasion, un brave soldat fut royalement récompensé des nombreuses heures passées à apprendre un truc inusité à Moustache, lorsque le brave barbet leva la patte avant droite à la hauteur de ses yeux, adressant un superbe salut militaire à l’empereur.

 
Moustache et ses amis grognards vécurent encore de nombreuses aventures jusqu’à ce jour fatidique du 11 mars 1811 où le brave chien, devenu vieux et moins rapide, fut mortellement touché par un boulet ennemi. C’est en pleurant que ses amis, de vieux grognards qui avaient tout souffert et tout enduré, l’enterrèrent sous une grosse pierre marquée de l’épitaphe suivante « Ci-gît Moustache, un brave, mort au chien d’honneur ».

Disponible sur Amazon : 40 Chiens célèbres et leur fascinante histoire

Share.

About Author

Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

Leave A Reply