Le Taj Mahal, amour ou despotisme ?

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Depuis près 400 ans, le superbe Taj Mahal est reconnu comme un des plus vibrants hommages à l’amour humain. Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO et faisant partie des sept nouvelles merveilles du monde, le Palais de la couronne- signification de son nom en persana été construit de 1632  à 1643 sous l’ordre de l’empereur moghol Shâh Jahân en mémoire de son épouse Mumtaz Mahal.

Shâh Jahân, né en 1592 et sa future épouse, d’un an plus jeune, n’étaient que des adolescents lorsqu’ils tombèrent éperdument amoureux l’un de l’autre. Mais le jeune prince dut céder aux pressions familiales et  marier deux autres femmes avant de pouvoir faire de la belle Mumtaz sa troisième épouse. Elle devint évidemment sa favorite et le suivit dans tous ses déplacements, même sur les champs de bataille, appuyant et conseillant l’empereur, chose rarissime à cette époque très peu portée sur le féminisme. Comme l’écrivit Muhammad Amin Qazwini, historien officiel de l’empereur : « L’affection mutuelle et l’harmonie entre les deux avaient atteint un niveau inégalé entre mari et femme…».

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Mais le malheur frappe les riches et les puissants autant que les miséreux. En 1631, Mumtaz Mahal décéda en mettant au monde le quatorzième enfant du couple mythique. Fou de douleur, l’empereur consacra les douze années suivantes à la construction d’un mausolée digne de leur amour.

Voilà pour la version romanesque de l’histoire. Mais en réalité, la vie matrimoniale des célèbres amoureux est très peu documentée, sauf par les oeuvres du très officiel – et très peu impartial – historien de l’empereur. Ce que l’histoire officielle a retenu du règne de l’empereur ne confirme pas du tout l’image du tendre amant romantique qui lui est accolée.

Afin de conquérir son trône, il n’hésita pas à assassiner deux de ses frères, ses neveux et deux cousins. Il est toujours délicat de revisiter l’histoire avec nos sensibilités contemporaines, n’empêche qu’il faut se demander si sa peine d’amour constituait la seule motivation à l’érection du fameux Taj Mahal. Il faut se rappeler, qu’à cette époque, les rois et empereurs se relançaient à qui mieux mieux dans la construction d’oeuvres gigantesques afin d’affirmer leur pouvoir et d’en imposer tant à leur peuple qu’à leurs adversaires. D’ailleurs, à la même époque en France, un certain Louis XIV construisait le château de Versailles !

Chose certaine les 22 000 esclaves mobilisés pour la construction du mausolée-dont plusieurs dizaines y trouvèrent la mort- ne trouvaient rien de romantique à construire ce supposé hommage à l’amour. Pas plus que les sujets de l’empereur qui furent écrasés par les taxes servant à payer  le fameux marbre blanc et les nombreuses pierres précieuses provenant de toutes les parties connues du monde.

De nos jours, de nombreuses féministes profitent de la Journée de la femme pour manifester devant le Taj Mahal, davantage un symbole de domination et de patriarcat qu’un symbole d’amour selon elles. D’ailleurs, dans un article intitulé The awfully unromantic Taj Mahal , paru dans le Huffington post du 2 mars 2015, la célèbre auteure et féministe Rita Banerji souligne avec justesse que la belle Mumtaz Mahal, bien que favorite de l’empereur, n’était pour ce dernier qu’un des choix s’offrant à lui parmi ses trois épouses officielles et les 2 000 femmes de son harem privé ! Pas très romantique comme situation, même selon les critères de l’époque. L’article souligne aussi que les quatorze accouchements en dix-neuf ans de la reine l’ont littéralement tuée, alors que l’empereur ne se souciait que de sa descendance.

Rita Banerji insiste sur les conditions misérables sévissant dans les harems d’alors. Choisies selon les préférences de l’empereur, ces jeunes femmes étaient littéralement enlevées à leur familles et enfermées pour la vie dans de véritables prisons, où elles n’étaient pas mieux traitées que les chevaux de leur seigneur et maître.

Alors romantisme ou despotisme ? Quant à moi, je trouve beaucoup plus noble l’attitude d’une contemporaine de Shâh Jahân, la reine de Suède Ulrique-Éléonore. Elle-même touchée par la mort en couches de quelques amies, elle créa un vaste programme de formation afin de doter chaque village suédois d’un nombre suffisant de sages-femmes .  Encore de nos jours, la Suède a un taux de mortalité maternelle très bas alors que celui de l’Inde est toujours parmi les plus élevés. Faible  consolation pour ces centaines de femmes indiennes : le Taj Mahal attire chaque année près de quatre millions de visiteurs, alors que personne ne se souvient de la bonne reine Ulrique-Éléonore. La nature humaine est ainsi faite !

En 1658, l’empereur Shâh Jahân fut renversé par un de ses fils ; il vécut les huit dernières années de sa vie enfermé dans un fort, d’où il avait une vue imprenable sur le Taj Mahal. À quoi rêvait-il en contemplant le superbe marbre blanc du mausolée ? À sa puissance perdue ou à sa belle Mumtaz Mahal ?

Crédit photo : voyageeninde.org ; museyon.com

 

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Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

Un commentaire

  1. Je trouve cela très intéressant. C’est en effet pour moi une merveille qui rappelle l’amour entre les hommes, mais effectivement lorsque l’on sait l’histoire au complet c’est un peu différent.

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