Le gâteau à l’arsenic d’Hélène Jégado

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Plusieurs pâtisseries bretonnes offrent à leur clientèle un gâteau très particulier. Sa recette a été créée par une femme passée à la postérité non pas pour ses talents de cuisinière mais plutôt pour ses talents exceptionnels de tueuse en série, qu’elle a déployés en Bretagne dans la première partie du 19e siècle. Afin de mieux empoisonner ses victimes, elle avait quelque peu modifié la recette originale en ajoutant de l’angélique et des amandes. Ah oui, elle y mettait aussi de l’arsenic ! En fait, l’angélique servait surtout à masquer la couleur de cet ingrédient peu commun, alors que les amandes en camouflaient le goût amer.

 

Comment expliquer que la jeune Hélène, née en 1803 et élevée par des parents pauvres mais aimants, soit devenue une telle monstre ? Il semble que, toute jeune, elle aurait été profondément traumatisée par les histoires racontant les « exploits » d’un personnage important dans la mythologie bretonne, l’Ankou, considéré comme le serviteur de la mort. Pour surmonter les angoisses que lui procuraient ce personnage, elle aurait décidé de devenir elle-même l’Ankou en se mettant au service de la mort. Devenue orpheline- certains affirment que sa propre mère a été sa première victime-, elle fut recueillie par une tante qui travaillait comme domestique dans un presbytère. Tout naturellement, la jeune fille devint aussi domestique dans différents presbytères et maisons privées de la Bretagne. Commença alors une longue série de crimes aussi horribles que gratuits ; car la sinistre Hélène n’avait besoin d’aucun motif pour empoisonner ses victimes. Elles existaient, donc elles devaient mourir, se disait la triste émule de l’Ankou.

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Allant de ville en ville et d’emploi précaire en emploi précaire- le plus souvent comme servante ou comme cuisinière-, elle empoisonna une quarantaine de personnes, peut-être une soixantaine même, simplement en ajoutant de la mort-aux-rats dans les soupes et les gâteaux qu’elle cuisinait.  Parmi ses victimes, on a recensé des maîtresses de maison, des servantes, des enfants, des prêtres, des religieuses, des clients d’un bordel où elle sévissait autant comme cuisinière que comme prostituée. Celle folie meurtrière prit fin en 1851 lorsque son employeur du moment, l’avocat Théophile Bidard de la Noé, alarmé par les décès successifs et pour le moins douteux de trois de ses servantes, soupçonna fortement sa seule servante survivante et exigea des autopsies qui révélèrent la présence de très fortes doses d’arsenic dans les dépouilles des malheureuses.

Comment tous ces crimes ont-ils pu se produire sur autant d’années ? Il faut réaliser qu’à cette époque, les autopsies étaient rarement demandées par les autorités. De plus, Hélène avait eu la chance, ou l’intelligence, de commettre tous ces empoisonnements alors qu’une terrible épidémie de choléra sévissait, et les symptômes du choléra sont très similaires à ceux d’un empoisonnement par arsenic. Les nombreux déplacements de la tueuse avaient aussi favorisé son impunité. Finalement, la femme était très pieuse, bigote même, ce qui lui avait mérité une bonne renommée parmi plusieurs de ses contemporains ! Afin de bien paraître devant son dieu, elle avoua d’ailleurs ses crimes en confession juste avant d’être exécutée le 26 février 1852.

 

Notez  bien que le gâteau breton est vraiment succulent, une fois débarrassé d’une couple d’ingrédients…En voici la recette. Merci à : les- recettes-d-hojemaennel.over-blog.com

Ingrédients

* 250 grammes de farine

* 100 grammes de beurre

* 100 grammes de sucre en poudre

* 75 grammes de fruits confits en morceaux

* Une cuillerée à soupe de raisins secs

* 50 grammes d’amandes hachées

* Deux oeufs entiers

* Un jaune d’oeuf pour la dorure

* 5 grammes de bicarbonate de soude

* Une pincée de cannelle en poudre

Préparation

* Dans un saladier, mettre le sucre, la cannelle, le bicarbonate et les oeufs

* Ajouter le beurre en petits morceaux

* Mélanger le tout

* Ajouter la farine petit à petit

* Bien pétrir pour obtenir une pâte lisse

* Ajouter les raisins secs, les fruits confits et les amandes

* Pétrir à nouveau, la pâte doit être lisse mais pas trop ferme

* Fariner un moule, y placer la pâte

* Tasser la pâte avec votre main et la dorer avec le jaune d’oeuf, décorer en se servant d’une fourchette

* Enfourner à feu vif

BON APPÉTIT

 

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About Author

Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

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