Landru, le tueur séducteur français

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Le 25 février 1922, un petit homme de 52 ans, au crâne dégarni mais arborant une moustache et une longue barbe d’un noir vif, escalada lentement les marches le menant à la guillotine, avec une pointe d’arrogance dans son regard perçant. Un regard perçant, un crâne dégarni, une barbe noire…Landru ! Près d’un siècle plus tard, tous reconnaissent  spontanément le célèbre tueur derrière cette brève description, qui n’a rien à voir toutefois avec celle qu’on imagine normalement quand on parle d’un grand séducteur.

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Pourtant, Henri Désiré Landru a réussi à séduire pas moins de 283 femmes, en escroquant une centaine, en plus d’en tuer une dizaine. Ces tristes statistiques auraient pu être beaucoup plus importantes encore n’eut été de la perspicacité du maire de Gambais, une petite commune du département des Yvelines à soixante kilomètres de Paris. Vers la fin de 1918, le maire reçut une lettre d’une dame Pellat, inquiète du sort d’une amie, Anne Collomb, qui se serait établie à Gambais avec un certain monsieur Dupont. Le maire se contenta de répondre qu’il ne connaissait pas ces personne. Mais quelques semaines plus tard, il reçut une autre lettre du même genre, provenant  cette fois d’une Mme Lacoste, désireuse d’avoir des nouvelles de sa soeur, Célestine Buisson, qui se serait installée à Gambais avec un certain Frémyet.

Étonné de cette prétendue et soudaine hausse de la population de son village, le maire s’arrangea pour que les deux familles entrent en contact afin d’échanger des informations ; constatant que Dupont et Frémyet n’étaient visiblement qu’ une seule et même personne, les deux familles portèrent plainte contre X auprès du parquet de la Seine. L’enquête, confiée à l’inspecteur Jules Benin, n’avançait qu’à petits pas lorsque – coup de bol-, le 8 avril 1919, une voisine de Mme Lacoste reconnut le barbu tant recherché, sortant d’un commerce de la rue de Rivoli à Paris, au bras d’une nouvelle conquête. Grâce à un bon de livraison obtenu du commerçant, l’inspecteur Benin et un confrère se rendirent au domicile du suspect et procédèrent à son arrestation.

Une fouille sommaire du logis permit aux policiers de mettre la main sur un permis de conduire au nom de Henri Désiré Landru et surtout sur un carnet que l’homme avait vainement tenté de faire disparaître. Ce carnet, première d’une longue série de preuves circonstancielles, contenait les noms des deux disparues de Gambais et de neuf autres personnes – huit femmes et le fils de l’une d’elles -, qui s’avérèrent rapidement portées elles aussi disparues par leurs proches. L’étau se resserrait sur Landru !

Il devenait de plus en plus évident pour l’inspecteur Benin que Landru en avait beaucoup plus sur la conscience que de simples escroqueries. Mais comment le prouver ? Benin se lançat alors dans un long et fastidieux travail d’ enquête qui lui permit d’accumuler plus de 5 000 pièces de preuves. Parmi les plus accablantes, en plus du fameux carnet, on trouva des reçus de train qui démontrèrent que Landru achetait un billet aller-retour pour lui mais un billet aller seulement pour ses « fiancées » lorsqu’il les amenait dans ses propriétés de Gambais et de Vernouillet. D’autres reçus conservés par le tueur- décidément très méticuleux dans la tenue de sa comptabilité- démontrèrent de nombreux achats de scies et de charbon…D’autres reçus- décidément !- amenèrent les policiers à découvrir de nombreux meubles ayant appartenu aux victimes dans un garage loué par Landru. Preuves quasi irréfutables : des débris humains furent découverts dans le garage et même dans la cuisinière de la maison de Gambais. Le procès pouvait enfin commencer après deux ans et demi d’instruction !

Cuisiniere_Landru

La fameuse cuisinière selon un dessin fait par Landru lui-même selon certains.

Le 7 novembre 1921, le Tout-Paris chic se bousculait dans une salle de la cour d’assises de Seine-et-Oise à Versailles. On pouvait y voir Mistinguett, le comédien Raimu, l’écrivaine Colette, plusieurs représentant(e)s de l’aristocratie européenne et, vedette parmi les vedettes : la cuisinière de la maison de Gambais. L’accusation commença par démontrer le passé pour le moins trouble de l’accusé : ses multiples emplois, ses tout aussi nombreuses faillites commerciales, puis ses escroqueries. Marié avec quatre enfants, notre homme pouvait difficilement joindre les deux bouts. En 1914, il est condamné par défaut ( in abstentia ) pour une fraude immobilière. Comme il s’agissait d’une troisième condamnation, Landru savait très bien que le bagne de Guyane l’attendait si jamais il se faisait prendre. Et croyez moi, personne ne voulait aller au bagne de Guyane ! C’est donc fort probablement à ce moment qu’il décida de redoubler de prudence en faisant disparaître les victimes de ses extorsions.

Il peaufina aussi un modus vivendi simple mais affreusement efficace. Il commençait par faire paraître une annonce de ce type dans le Petit Journal : « Monsieur sérieux ayant un petit capital désire épouser veuve ou femme incomprise, entre 35 et 45 ans, bien sous tous les rapports ». « Bien sous tous les rapports » ! Il était vraiment très effronté ce Landru…Il fut démontré qu’il avait eu des contacts avec 283 femmes ayant répondu à ses annonces. Les plus pauvres- heureuses les pauvres, peut-on dire- et celles trop bien entourées par leurs proches étaient rapidement dirigées vers la voie de sortie. Plusieurs des autres se laissèrent rapidement convaincre par Landru de lui signer des procurations comme administrateur de leurs biens. Cette formalité accomplie, le sinistre petit homme leur achetait des billets de train… aller seulement.

Tout au long du procès, Landru adopta une attitude désinvolte, pour ne pas dire provocante, allant même jusqu’à s’assoupir pendant les délibérations. Il ne sortait de son mutisme que pour y aller de quelques réparties qui déclenchaient des rires dans l’auditoire. Un jour, comme le juge ordonnait la cessation des rires, menaçant « de renvoyer chacun chez soi », Landru lui rétorqua : « Quant à moi, monsieur le président, ce n’est pas de refus ». Cette réplique démontre bien l’insensibilité et le narcissisme dont l’individu était capable. L’humour de ses réparties ont malheureusement jeté de l’ombre sur les immenses souffrances infligées aux victimes et à leurs familles. Sans oublier la douleur qu’ont dû endurer sa femme et ses enfants, obligés de changer de nom en raison de l’énorme tapage médiatique donné à l’affaire.

Landru a admis avoir escroqué les victimes mais n’a jamais avoué les meurtres, sauf que…. Pendant les plaidoiries, son avocat fit une tentative aussi désespérée que spectaculaire de semer un doute dans l’esprit des jurés. Se tournant vers la porte d’entrée, il déclara, afin de jouer sur l’absence des corps des victimes : « Une des supposées victimes a été retrouvée et elle va entrer par cette porte ». Public et jurés regardèrent instinctivement vers la porte. « Vous voyez bien , s’enflamma le ténor du barreau, vous doutez du décès des victimes, donc des crimes eux-mêmes ». « En fait, lui fit remarquer l’avocat général, votre client, lui, n’a pas regardé vers la porte ». Comme quoi, il faut se méfier des effets de toge…

Toutefois, malgré la défense énergique de son avocat, Me Vincent de Moro Giafferri, les jurés déclarèrent Landru coupable de onze meurtres le 30 novembre 1921.  Même s’il a été impossible de retrouver les corps- pour une raison évidente-, les témoignages et les preuves indirectes étaient trop accablantes pour lui éviter la guillotine. Avant d’y monter, Landru aurait eu deux dernières effronteries. Alors que le brave curé, chargé de l’assister dans ses derniers moments, lui demandait s’il croyait en Dieu, le condamné lui répliqua, en le fixant de ses yeux perçants : « Je vais mourir et vous voulez que je joue aux devinettes ». Au bourreau qui lui proposait le traditionnel verre de rhum et une dernière cigarette, il répondit : « Merci, mais ce n’est pas bon pour la santé ». Cette répartie est apocryphe ; toutefois, il n’y a aucun doute sur l’authenticité de sa dernière parole qui fut pour son avocat. Alors que celui-ci lui demandait, au pied de l’échafaud, s’il reconnaissait finalement avoir commis ces onze meurtres, Landru répondit : « Ça, maître, c’est mon petit bagage ».

SEGRET Fernande1

Pour ma part, j’ai presque envie d’ajouter une douzième victime du macabre Landru : Fernande Segret, la femme qui l’accompagnait lors de son arrestation, se suicida le 21 janvier 1968, quarante-neuf ans jour pour jour après la demande en mariage que lui avait faite son sinistre fiancé. Dans la chambre de la femme, on trouva deux photos : une de sa mère, une de Landru !

crédits photos : rtl.fr et francetvinfo.fr

 

 

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Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

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