Elizabeth, la comtesse sanglante

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Le 29 décembre 1610, une troupe de soldats lourdement armés investit le château de Csejthe dans le nord-ouest de la Hongrie. Les soldats, pourtant endurcis par des années d’une guerre cruelle contre les Turcs, furent épouvantés par ce qu’ils y découvrirent : plusieurs jeunes filles mortes depuis peu, entièrement vidées de leur sang ; des dizaines d’autres adolescentes circulaient, hébétées et affaiblies par leurs blessures. En approfondissant leurs recherches, ils découvrirent une cinquantaine de cadavres dans la cour et les dépendances du château. La propriétaire de ce dernier, Elizabeth Bathory, venait de se mériter le triste honneur de passer à l’histoire sous le surnom de la « Comtesse sanglante ».

Elizabeth était pourtant née dans une famille de la haute noblesse comptant dans ses rangs un roi de Pologne et un prince de Transylvanie. Malheureusement, une haute noblesse n’implique pas nécessairement une haute santé mentale. Plusieurs des parents d’Elizabeth furent reconnus pour leur démence et leur dépravation.

Très jeune, Elizabeth fut promise en mariage à un puissant seigneur, le comte Férencz Nadasdy. En attendant le mariage, elle fut confiée à sa future belle-mère qui se donna la mission d’en faire une future épouse soumise et pieuse. La jeune fille étant souvent aux prises avec de violents maux de tête et des crises subites d’hystérie, sa future belle-mère, la croyant possédée du démon, lui imposait d’interminables séances de prières et de lectures saintes.

Après ces longues et pénibles fiançailles, le mariage eut finalement lieu en mai 1575, en présence du tout puissant empereur Maximilien de Habsbourg, désireux de remercier le comte Férencz reconnu, malgré son jeune âge, comme un de ses meilleurs chefs militaires. Les époux s’entendirent plutôt bien mais il serait exagéré de parler d’un mariage heureux. Cette époque extrêmement troublée et violente ne laissait que peu de place pour le bonheur et les douceurs de la vie familiale. D’ailleurs, Férencz vivait très rarement au château de Csejthe ; sa vie n’était qu’une succession de combats meurtriers contre les Turcs et les Serbes principalement. Il se mérita d’ailleurs le glorieux surnom de « Héros noir de la Hongrie ». Pendant qu’il guerroyait si hardiment, sa jeune épouse évacuait complètement les enseignements  de sa belle-mère et se livrait à des activités qui n’avaient rien de religieux tant avec des femmes qu’avec des hommes.

Ruines du château de Csejthe

Un jour, un jeune homme au teint cadavérique et tout de noir vêtu arriva au château. Les servantes et les proches de la comtesse ne purent découvrir à quoi s’occupèrent la jeune femme et son mystérieux visiteur. Mais il semble que celui-ci initia Elizabeth à des rites sorciers violents. Lors du procès, des paysans témoignèrent avoir vu, à cette époque, la comtesse et une autre femme noble torturer et battre à mort une jeune fille. De toute évidence, Elizabeth venait de franchir le dernier pas vers une démence perverse et extrêmement violente.

Un autre événement eut une forte influence maléfique dans la vie de la comtesse. Une de ses servantes ayant eu le malheur de lui tirer un peu trop les cheveux pendant qu’elle la coiffait, Elizabeth la frappa violemment au visage. La malheureuse saigna abondamment du nez  et un peu de son sang tomba sur le poignet de la comtesse. Peu de temps après, celle-ci eut l’impression que sa peau était devenue plus lisse et plus douce à l’endroit de son poignet touché par le sang de sa victime. Cette « découverte » eut d’immenses et funestes conséquences sur des centaines de jeunes filles.

Possédée par la folle certitude que le sang de jeunes filles lui garantirait la jeunesse éternelle, Elizabeth mit en place un véritable commando de la mort. Formé de sa nourrice Jo IIona, d’une de ses servantes, Dorottya Szentes dite Dorko et d’un homme à tout faire nommé Ficzko, ce sinistre commando fut chargé de parcourir les environs du château et de ramener de jeunes  filles vierges à la châtelaine dont le surnom devenait de plus en plus mérité. Les jeunes victimes étaient soit enlevées de force, soit carrément achetées avant de finir leurs jours en subissant d’horribles supplices. Une autre façon de fournir de la chair fraîche à la comtesse dépravée consistait simplement à convaincre de pauvres parents de laisser leur jeune fille venir travailler au château.

Permettez-moi de passer rapidement sur les détails des indescriptibles outrages infligés aux victimes. Je mentionnerai simplement qu’elles étaient d’abord battues sauvagement pendant de longues minutes, puis les âmes damnées de la comtesse rivalisaient d’imagination afin de trouver des façons originales de faire jaillir le sang des victimes. Certaines étaient tout simplement égorgées, d’autres voyaient leurs pauvres corps meurtris lier avec de puissantes cordes qu’on tordait peu à peu afin de faire jaillir le sang sur le corps nu de la comtesse. Des témoins mentionnèrent même que cette dernière se prélassait souvent dans des baignoires remplies du sang de ses victimes.

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Affiche du film La Comtesse de Julie Delpy

Évidemment de telles horreurs ne pouvaient passer inaperçues éternellement. Malgré leurs peurs et leurs superstitions, des parents commencèrent à rapporter la disparition de leur fille aux autorités. Bizarrement, Elizabeth ne semblait nullement s’inquiéter de son sort devant d’éventuelles dénonciations, se croyant peut-être protégée par la noblesse de son nom et celui-ci de son mari qui, bien que décédé au combat en 1604, jouissait d’une très grande renommée dans le pays et auprès de la cour.

Le roi Mathias II de Hongrie, impressionné par de nombreux et douloureux témoignages ainsi que par le grand nombre de victimes potentielles – entre 100 et 600 selon les sources -, ordonna une vaste enquête menée par le gouverneur de la province en personne. Le gouverneur, bien que cousin d’Elizabeth, ne put que constater la véracité des dénonciations et des témoignages. Même le pasteur de Csejthe présenta un long mémoire démontrant clairement l’implication d’Elizabeth dans la disparition et la mort de nombreuses jeunes filles.

Devant autant d’évidences irréfutables, le roi chargea le comte Thurzo, son premier ministre mais aussi cousin et ex-amant d’Elizabeth – quelle famille ! – d’arrêter la comtesse sanglante. Le procès s’ouvrit peu de temps après. Désirant protéger les toujours puissantes familles Bathory et Nadasdy, le comte Thurzo convainquit le roi de ne pas faire comparaître Elizabeth. Aux termes d’un procès rondement mené, les complices de la terrible comtesse eurent les doigts arrachés ; leurs corps furent ensuite décapités et  jetés dans les flammes.

Elizabeth reçut une sentence beaucoup plus douce. Elle fut emmurée dans une petite pièce de son château, recevant ses rations quotidiennes d’eau et de nourriture par une toute petite ouverture pratiquée dans un des murs. Elle vécut donc ses quatre dernières années dans un isolement total avant de mourir le 21 août 1614. Les quelque personnes l’ayant vu morte déclarèrent qu’elle paraissait beaucoup plus jeune que ses 54 ans, un âge très avancé à l’époque !

 

 

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Jeune retraité de l'édition et de l'immobilier, je suis d'abord et avant tout un passionné d'histoire. Pour mon plaisir, et j'ose espérer pour celui d'un lectorat de plus en plus important, j'écris des récits historiques regroupés sous différends thèmes. Mes ebooks sont disponibles sur Amazon sous le nom d'auteur de Ray Rainville.Voici ce qu'a écrit Isa, 1e commentateur du Hall d'honneur d'Amazon,sur mon livre « 40 chiens célèbres et leur fascinante histoire » : « ...Des histoires courtes qu'on pourrait qualifier de nouvelles. Les histoires sont touchantes, émouvantes, extraordinaires ou amusantes...C'est un joli moment de lecture.»Je répondrai avec plaisir à tous vos commentaires, écrivez-moi à : rainvilleraymond@gmail.com

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